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Émile Chevalier
L’ENFER ET LE PARADIS DE L’AUTRE MONDE
II. Pauvreté et manque d’ouvrage

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Pourquoi donc t’arrêter là, pensif, au seuil de ta porte? Pourquoi tes yeux sont-ils humides et ta main tremble-t-elle sur le loquet? Ton cœur ne devrait-il pas bondir de joie et ton visage rayonner d’allégresse: car c’est là ta maison, si je ne me trompe, et tes enfants t’attendent?

Voyez-le sur le pas de sa porte, vous pères et maris des familles heureuses! Il hésite, il chancelle presque; son esprit se replie douloureusement sur lui-même; il craint jusqu’au regard de ceux qu’il chérit: peut-il compter la somme de ses lourds chagrins?

Entre, entre, misérable! Pour toi point d’espoir: comme deux galériens, la pauvreté et toi êtes rivés à la même chaîne; ton aspect ne la chassera point du taudis; – n’avez-vous pas, elle et toi, taille grêle, membres décharnés, visage famélique, vêtements en haillons?

Il se nomme Mordaunt. Il a immigré au Canada avec sa famille, dans l’espoir d’améliorer sa condition et de trouver un foyer pour ses chers enfants.

Mais, au lieu de l’abondance, c’est la pauvreté qui lui a tendu les bras en débarquant; au lieu du bourdonnement de l’industrie, du résonnement de l’enclume, des joyeux bruissements des métiers à tisser, du sifflement des machines à vapeur, les lamentations et les plaintes des malheureux remplissent les chemins, et tout en mettant le pied sur le rivage, l’émigrant a vu s’évanouir ses plus chaudes espérances.

Pourquoi? C’est à vous de répondre, ô Canadiens!

Les enfants aimaient leur père, la femme aimait son mari.

Quand il parut, ils refoulèrent leurs douleurs.

Mais il se fit aussitôt un silence lugubre, mortel dont tout leur amour ne put bannir la funeste impression, et sur leurs joues s’étendit une pâleur que nulle affection ne pouvait masquer.

Dans le cœur du pauvre homme se ficha une nouvelle angoisse. De ses lèvres disparut le maladif sourire qu’il y avait appelé, et il se prit à promener autour de lui un regard incertain, comme s’il doutait qu’il eût bien fait de franchir le seuil de sa demeure.

– Allons, Édouard, dit sa femme, qui avait déjà lu sur sa mine effarée qu’il revenait affamé et sans avoir réussi dans ses démarches; allons, Édouard, ne reste pas au froid et viens t’asseoir près du feu; tu dois avoir bien froid, et tu n’as rien mangé depuis ce matin. Jean, fais un bon feu, mon gentil garçon. Et toi, Ellen, prépare quelque chose à dîner pour ton père. Nous ne t’attendions pas, Édouard, parce que nous ne savions pas à quelle heure tu rentrerais. Il fait bien froid dehors, n’est-ce pas?

– Marguerite, dit-il tendrement, tu es trop bonne.

Et en prononçant ces paroles, son corps tremblait d’émotion. Il s’assit et s’enfonça le visage dans les mains.

Merci, merci à vous, Marguerite!

Oui, c’est une simple, mais bien vive affection qui vous inspire.

Il ignora les douleurs qui vous percèrent le cœur, quand vos lèvres encouragèrent votre enfant, votre enfant voleur, à allumer le fagot dérobé, afin d’égayer un peu le pauvre père désolé.

Oui, et ce fut une sainte tendresse aussi qui vous engagea à lui cacher que le saloir et la huche étaient vides et à inventer la fable du dîner habituel.

Oui, et il vous aime à cause de cela. Et quand les mauvais jours seront passés, quand l’été sera revenu, votre récompense, ô Marguerite, sera bien grande!

– Marguerite, dit Mordaunt dès qu’il fut suffisamment maître de son émotion, il est inutile de nous le cacher plus longtemps, il n’y a pas du tout d’ouvrage dans le pays. Il ne nous reste que deux alternatives, Marguerite: – ou de demeurer ici et y mourir de faim, ou de nous en aller avant qu’il ne soit trop tard.

– Eh bien, Édouard, s’il y a encore une chance, partons: c’est notre devoir.

– Oui, nous partirons, quoique voyager sans secours soit une terrible chose en cette saison. Mais c’est notre unique ressource. Triste pays que celui-ci! Ah! je suis bien fâché d’y être venu. Il n’y a d’ouvrage pour personne, jeune ou vieux, et quoique nous ne soyons qu’une taxe imposée à la charité des gens, on dirait qu’ils ont peur de nous laisser partir. Je me demande ce qu’ils aiment le mieux de voir leurs rues vides ou de les voir remplies de quêteux et de vagabonds.

– Le fait est que c’est bien désolant, Édouard; mais peut-être les gens d’ici n’y peuvent-ils rien.

– Oui, Marguerite, reprit-il en jetant un regard désespéré sur ses enfants en guenilles; oui, mais pourquoi n’y peuvent-ils rien? Pourquoi? reprit-il en tenant les yeux attachés sur sa fille aînée. Quelle est la raison de toute cette misère? Si le Seigneur avait fait de ce pays un désert stérile, improductif; s’il ne l’avait pas comblé de ses bienfaits, alors nous n’aurions pas le droit de nous plaindre. Et ce n’est pas, vois-tu, Marguerite, qu’il n’y ait pas d’ouvrage dans le pays! On ne peut faire un pas dehors sans voir où les étrangers nous ont enlevé le pain de la bouche. Ah! il y en a à faire de l’ouvrage dans le pays! Nous le pourrions faire aussi bien que les étrangers, et à meilleur marché, mais on nous plante là, pieds et poings liés pour ainsi dire, tandis que les étrangers enlèvent tout ce que nous pourrions gagner, et même notre argent pour enrichir leur patrie et embellir leurs habitations. Nous, nous mourons de faim ou mendions ce pain que nous voudrions pouvoir gagner! Est-ce de la justice? est-ce que ça ressemble à de la justice? s’écria le pauvre homme excité par la révoltante absurdité du tableau qu’il venait de tracer.

Tu as raison, Mordaunt! c’est là une étrange justice, ou la justice est aveugle! Il faut que ta modeste simplicité creuse plus profondément que la science de ceux qui déclament dans les parlements, sans quoi cette naïve plainte n’aura point d’écho. Tu as bien raison de t’étonner. Une candeur et une sagesse plus grandes que les tiennes peuvent être surprises de cette étrange politique qui nourrit, vêtit et enrichit l’étranger, alors que les enfants du Canada manquent de pain. Mais débarrassez-vous de l’Angleterre, de sa tyrannie; annexez-vous aux États-Unis, et l’abondance, la félicité deviendront votre partage comme le leur.

– Oh! papa, dit l’aînée des filles, pourquoi n’avez-vous pas fait de nous des servantes? Pourquoi ne nous mettrions-nous pas en service?

Un instant le père la considéra avec une morne tristesse, puis il s’écria:

– Non, mon enfant; non, vous n’avez pas été élevées pour ça. Pourquoi ferais-je de vous des servantes? Pourquoi, continua-t-il en arpentant rapidement la chambre, vous enverrais-je remplir un métier avilissant sous le toit d’un autre? Je ne suis pas un vieillard affaibli qui a besoin que ses enfants le nourrissent. J’aurais pu rompre ma famille, envoyer l’un d’un côté, l’autre de l’autre pour être esclaves chez les riches; j’aurais pu faire ça, sans venir sur la terre étrangère. Non, mon enfant, ça ne nous rapporterait rien, et il serait maintenant trop tard pour le faire. Ensemble nous quitterons cette contrée, je ne puis vous laisser derrière moi. Sans ça je partirais seul. Non, non, je ne puis et ne veux pas vous laisser seules. Nous partirons tous, Marguerite. Comme ça, je vous aurai toujours sous ma protection et nous mendierons ensemble, s’il le faut.

Madeleine, qui, depuis l’arrivée de son père, s’était assise en un coin et avait tenu ses regards baissés vers le sol, les releva vers lui au moment où il prononça ces mots.

Remarquant la vive anxiété qui se peignait dans les traits de sa fille, Mordaunt s’avança vers elle et dit, en lui posant affectueusement la main sur la tête:

– Madeleine, ma fille, il ne faut pas te laisser ainsi abattre. Guillaume viendra avec nous; Madeleine, je l’ai vu, ainsi que ton frère Mark, pauvre garçon! nous partirons ensemble. Allons, mon enfant, du courage, tu auras une nouvelle robe avant Noël.

– Non, non, mon père, s’écria-t-elle, les larmes aux yeux et en s’attachant passionnément à son bras. Nous ne pouvons partir! Ma pauvre mère ne pourrait jamais marcher dans la neige si épaisse; ça la tuerait, ça nous tuerait tous, je le sais. Il vaut mieux rester où nous sommes. Maman, chère maman! ajouta-t-elle en tombant aux pieds de sa mère, vous ne partirez point, n’est-ce pas? Je sais ce qui arriverait et j’aimerais mieux mourir que de vous laisser partir, oui, maman!

La mère regarda sa fille. Leurs yeux se rencontrèrent, et elles se comprirent. Le cœur de l’ardente jeune fille se glaça, sa langue resta attachée à son palais. Elle se releva silencieusement, retourna s’asseoir dans son coin, et s’enveloppa encore dans la mélancolie de ses pensées.

D’étranges pensées sont aussi en vous, Mordaunt, et votre œil se trouble en s’arrêtant sur la belle jeune fille. Elle vous aime, Mordaunt; oui, elle vous aime. Mais l’amour n’est pas toujours sage, et l’humanité est très faible. Elle est votre fille, Mordaunt, et sa misère l’a aveuglée: prenez garde, car vous l’aimez bien aussi, vous!

Le soir est venu. Le vent a cessé de gronder et de se briser contre la cabane, la lune filtre les rayons de sa lumière souffreteuse dans le pauvre logement, et, rassemblés autour des dernières braises mourantes du bois volé, les habitants parlent de leur prochain départ, demain.

– Mark viendra, n’est-ce pas, Édouard? dit madame Mordaunt. Je me demande où il a pu être toute la journée. L’as-tu vu depuis ce matin?

– Non, le pauvre enfant, non… Il a presque perdu la tête. C’est un bon ouvrier, pourtant; aussi ferme à l’ouvrage que pas un. Avant de venir ici, il était industrieux; mais n’avoir rien à faire! ça lui a dérangé l’esprit. Aussi n’est-il pas étonnant qu’il soit tombé en mauvaise compagnie! Ce n’est pas sa faute, non, quoiqu’il ne faudrait pas le lui dire. Mais ce n’est pas étonnant. Oui, il viendra, et il sera bien heureux de venir.

– Oh! maman, maman! s’écria la plus jeune fille, se levant alarmée par un bruit de l’extérieur.

– Écoute, Édouard, écoute! fit la mère effrayée; le tocsin! Mark, Mark, mon pauvre cher enfant, où est-il?

Mordaunt se leva et prêta l’oreille. Le lugubre tintement des cloches augmentait de plus en plus, et de nombreuses clameurs semblaient annoncer un incendie considérable.

– Vite! s’écria Mordaunt; Ellen, mon chapeau! N’ayez pas peur, enfants, j’espère que ça ne sera rien.

Il allait se précipiter vers la porte, quand elle fut tout à coup ouverte; un grand jeune homme maigre, à la mine hâve, égarée, entra et la referma violemment.

Il paraissait ivre.

– Hourra! en voici un autre! Ça va, ça va, ma mère! Nous vous tirerons de là, quand nous devrions brûler toute la ville! Vive le feu, ma mère!

– Mark, dit sévèrement Mordaunt en saisissant le jeune homme par le bras, je t’ai averti, tu ne coucheras plus ici, si tu as commis ce crime. Tu es mon fils, mais n’importe, je ne garderai pas chez moi un incendiaire. Ainsi, va où tu voudras, il n’y a plus place ici pour toi.

– Oh! Édouard, Édouard, pardonne-lui cette fois.

– Bah! qu’est-ce que ça fait? s’écria le jeune homme échappant, en chancelant, à l’étreinte de son père. Il nous faut de l’ouvrage, n’est-ce pas? Ils sont riches – nous prenons garde à ça – ils reconstruiront, ça ne les appauvrira pas et ça nous donnera du pain. Justice! c’est tout ce que nous voulons! hurla-t-il en se jetant tout de son long devant le foyer éteint.

– Tais-toi, dit le père.

– Voyez, reprit Mark montrant du doigt sa mère et ses sœurs qui s’étaient groupées avec effroi au milieu de la chambre; voyez, elles n’ont ni feu ni à manger. Brûlez donc tout, c’est moi qui vous le dis; c’est ce que je ferais, moi!

– Je te dis que tu ne coucheras pas ici, dit Mordaunt. Si tu ne viens pas m’aider à remédier au mal que tu as fait, j’irai te dénoncer moi-même, quoique tu sois mon propre fils – oui, Mark!

Il se leva et courut à la porte.

– Bon Dieu! exclama-t-il, après l’avoir ouverte, en voyant les lueurs embrasées qui se réfléchissaient au ciel et rougissaient jusqu’au tapis de neige étendu sur les rues et les maisons; bon Dieu! quel spectacle! Marguerite, amène-le ici. Tu m’entends, je ne puis supporter ça, quoique je sois son père! Mon Dieu! mon Dieu! ajouta-t-il en étendant ses bras vers la populeuse cité et en se précipitant à travers la neige; voyez, mon Dieu, ce que font de nous ces ministres aveugles! nous venons leur demander du travail, et ils nous rendent criminels…

Montrez-vous maintenant, grands champions du peuple, et contemplez ce spectacle! vous qui vous posez comme les défenseurs des droits du peuple et le grisez de vos fables politiques, contemplez-le! Il n’y a pas d’invention ici. Le tocsin a souvent retenti à vos oreilles, et les sinistres lueurs d’une conflagration ont souvent brillé sur vos maisons. Êtes-vous capable de calmer les souffrances de ce pauvre père? Pouvez-vous sécher les larmes qui jaillissent des yeux de cette mère outragée, et pouvez-vous mettre un terme aux tiraillements qui déchirent les entrailles de leurs enfants affamés? Ils sont venus pour travailler, pour être honnêtes au milieu de vous, pour vous être utiles, et voyez ce qu’ils sont!

Le jeune homme fit peu attention à l’excitation qu’il avait causée.

Au lieu de suivre son père, il s’étendit sur le plancher à demi défoncé et commença à discuter, par des lambeaux de phrases alcoolisées, la justice et la convenance de ce qu’il avait fait.

La mère revint s’asseoir en pleurant; elle ne dit rien, de peur d’irriter son fils; aussi le silence rentra-t-il dans le taudis, chacun de nos personnages s’enfonçant sous le suaire de ses afflictions.

Depuis longtemps ils étaient dans cette position, quand la silhouette d’un homme se dessina, en passant et repassant à diverses reprises, devant la fenêtre de la cabane.

Seule, Madeleine remarqua cette apparition.

À sa première vue, la jeune fille se leva. Elle était pâle comme un linceul. Ses yeux se portèrent tour à tour sur la fenêtre et sur sa mère et sur sa sœur, mais celles-ci n’avaient rien aperçu.

Un instant Madeleine resta debout, hagarde, incertaine. Ses paupières étaient mouillées de larmes; son sein battait à rompre sa poitrine.

Elle se tordit les mains avec une expression de douleur navrante.

Elle lutta violemment. Mille émotions la torturaient. Son amour pour ses parents, pour sa religion, et puis…

Qui pourrait expliquer les sensations qui soulèvent son cœur? qui pourrait dire d’où lui viennent ces affreuses incertitudes? Personne! À personne donc le pouvoir de la juger.

L’âme est une puissance étrange. Dieu seul peut lire et bien lire dans ses replis.

À vous, cela est défendu.

– Ellen! s’écria tout à coup madame Mordaunt sortant en sursaut d’une longue rêverie, où est Madeleine?

– Mais je ne sais pas, répliqua celle-ci d’un ton à demi éveillé; je ne l’ai point vue sortir…

– Seigneur mon Dieu! elle est sortie avec son chapeau[1]! Où peut-elle être? s’écria la pauvre mère, s’élançant vers la porte.

Tout était calme au dehors. La lune brillait d’un éclat mat sur la blanche neige; le vent avait cessé de souffler, mais il faisait très froid.

Madeleine ne paraissait point auprès de la maison.

Sa mère appela; mais Madeleine ne répondit pas.

Pauvre mère, elle lut dans cette pâleur livide et dans cette tranquillité glaciale répandues autour d’elle une autre page du livre de ses chagrins!

Rentrant dans la chambre, elle tâcha de réveiller son fils, qui gisait presque sans connaissance sur le plancher.

– Mark, Mark! ta sœur Madeleine est partie; Vite, Mark, mon brave garçon, cours après ta sœur. Oh! Madeleine, Madeleine, ma pauvre fille!

– Aller où? balbutia le dormeur se soulevant sur le coude et étendant sur sa mère un regard hébété.

– Oh! le ciel me vienne en aide, car je ne sais où… Mark, va la chercher, si tu l’aimes, va! Je t’en prie, ramène-la, Mark, ramène-la!

Le jeune homme passa la main sur son front appesanti par l’ivresse, regarda vaguement çà et là, mais ne parut pas comprendre.

– Madeleine partie! dit-il pourtant en se mettant debout. Où ça partie? Comment? – où est-elle allée?

– Mais elle vient de partir… Tu peux la sauver… tu peux la trouver; mais va, cours après elle. Ça me tuerait, vois-tu, Mark, s’il lui arrivait quelque chose!

– Ma mère, dit Mark, qui parut renaître quelque peu au sentiment… elle n’est jamais sortie ainsi; avez-vous jamais su quelque chose?… Le connaissez-vous, ma mère?… Mais c’est impossible!… Elle ne serait pas partie comme ça… Donnez-moi mon bâton. Je les trouverai; n’ayez pas peur… Allons, ça donnera encore lieu à d’autres crimes qu’à des incendie… Je les trouverai; n’ayez pas peur… pas peur… ma mère!

En prononçant ces mots, il s’élança furieusement sur la voie publique et suivit une petite trace qui semblait avoir été nouvellement faite sur la neige et allait du côté de la ville.

Le père revient du théâtre de l’incendie allumé par son fils.

Sa femme et sa fille Ellen pleurent à chaudes larmes; leurs sanglots font saigner son cœur.

– Marguerite, quel nouveau malheur? pourquoi pleures-tu?

– Oh! Édouard, cher Édouard! notre Madeleine, notre pauvre Madeleine est partie… je ne sais où. Et je n’ose te dire ce que je soupçonne…

Ce qu’elle voulait lui cacher, il le voit dans ses yeux rougis de larmes. Ce coup manquait à ses douleurs.

– Marguerite, nous la retrouverons, dit-il d’une voix sombre; calme tes craintes jusqu’à mon retour. Madeleine a toujours été fidèle à ses devoirs, et sans doute tous nos enfants ne deviendront pas mauvais sujets dans ce pays. Nous la retrouverons…

Le malheureux père n’en dit pas davantage. Il sort de nouveau pour chercher sa fille qui lui est si chère, et le voilà qui court comme un fou à travers la neige.

Sa tête est brûlante et son âme est en proie à mille tourments.

L'enfer et le paradis de l'autre monde

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