Читать книгу Avant Qu’il Ne Blesse - Блейк Пирс - Страница 11
CHAPITRE HUIT
ОглавлениеHuit minutes et trois maisons plus tard, le périple de Mackenzie dans le quartier de Plainsview fut interrompu par un appel téléphonique. Le Sheriff Burke était au bout du fil, sa voix d’une certaine façon plus épaisse à travers le combiné. Il avait l’une de ces voix dénuées d’expression, qui faisait qu’il était quasiment impossible de savoir de quelle humeur il était.
« Je viens de recevoir un appel du labo. Ils n’ont trouvé aucune sorte de signature cachée avec les rayons ultraviolets. Mais ils ont découvert une empreinte de pouce incomplète qui n’appartient pas à la fille.
– Vous avez trouvé quelque chose à partir de ça ?
– Oui, je viens de tomber dessus. L’empreinte appartient à un gars nommé Todd Thompson. J’ai demandé à un agent de faire une vérification à son sujet.
– Donc aucune signature… ce qui signifie qu’il y a de fortes chances pour que le permis soit authentique.
– Ca n’a toujours aucun sens. Le nom sur le permis ne correspond à rien dans nos dossiers. Ni les empreintes. Si la photo sur le permis ne lui ressemble pas exactement, alors je dirais qu’elle l’a volé quelque part.
– Je suppose que nous pourrions lancer une recherche sur les femmes qui ont reporté avoir perdu leurs sacs ou leurs permis au cours du mois dernier.
– C’est déjà ce que nous avons fait le premier jour. Nous avons eu quelques perches mais il n’en est rien sorti. Nous avons aussi essayé de… attendez, j’ai là un agent avec les résultats sur Todd Thompson. Je vais mettre le haut-parleur pour vous, Agent White. »
On entendit des bruits étouffés, un cliquetis et puis une autre voix. Celle d’une femme, tout aussi austère que celle de Burke mais avec plus d’émotion. Il y avait un ton d’excitation dans sa voix alors qu’elle était en train de se dire que ce qu’elle allait raconter pouvait peut-être les amener à résoudre l’enquête.
« Une simple recherche dans les registre de l’Etat montre que Todd Thompson est natif de Salt Lake City. Il a cinquante trois ans et – tenez-vous bien – travaille au service d’immatriculation des véhicules. »
Le lien avec ce dernier jetait certainement un nouvel éclairage sur cet étrange permis de conduire. Mackenzie put presque entendre s’enclencher les rouages de son cerveau alors que tout se mettait en place.
« Vous avez son adresse ?
– Je l’ai. Je peux scanner le rapport et vous l’envoyez dès que nous aurons raccroché.
– C’est parfait. »
Ils mirent fin à l’appel et Mackenzie regarda en bas de la rue, par là d’où elle était venue. L’emplacement de l’accident était à présent hors de vue, environ six maisons plus bas et dans un pâté de maison complètement différent. Elle regarda plus loin et vit qu’Ellington se trouvait une maison après elle. Il était en train de discuter avec un vieux monsieur à travers sa porte ouverte. Elle était presque sûre qu’il serait plus qu’heureux de mettre fin à ce porte-à-porte.
***
D’après le rapport fourni par Burke et son agent, Todd Thompson avait quelques casseroles dans son casier judiciaire. Deux contraventions de stationnement impayées (ce que Mackenzie trouva amusant, vu son métier), une inculpation pour complicité dans un cambriolage et infraction qui datait d’il y a trente ans. En dehors de ça, Todd Thompson paraissait irréprochable. Si ce n’est le fait que l’empreinte de son pouce avait été légèrement apposé sur le présumé faux permis de conduire de la femme apparemment dénuée d’identité.
Mackenzie informa Ellington de tout cela tandis qu’il conduisait pour les ramener en ville. Elle lui raconta également sa drôle de rencontre avec Amy Campbell. Il s’avéra qu’il s’agissait de la visite la plus intéressante parmi les dix-neuf qu’ils avaient effectuées. Ellington fut d’accord pour dire que l’humeur d’Amy pouvait simplement s’expliquer par le fait qu’une femme de son âge avait été tuée à moins de trois cent mètres du pas de sa porte.
Mais au moment où ils parvinrent en ville et se dirigèrent vers la maison de Todd Thompson, ils sentirent tous deux qu’il allait peut-être s’agir de la visite qui allait clore l’enquête. Mackenzie n’avait rien dit à ce sujet à voix haute mais elle était anxieuse de retourner à la maison. Le seul coup de fil de sa mère l’avait davantage bouleversée qu’elle n’était prête à l’admettre et elle se sentait brusquement stupide d’avoir cru que sa mère serait capable de garder un enfant sans en faire tout un plat.
La nuit commençait juste à tomber quand Ellington gara la voiture devant l’immeuble où se trouvait l’appartement de Thompson. Il habitait dans l’un des quartiers les plus agréables de la ville, la résidence étant située dans un coin donnant sur un petit parc et un square, où apparemment s’établissaient un marché fermier et d’artisanat le week-end. Tandis qu’ils entraient, quelques vendeurs finissaient juste de remballer pour la journée.
Lorsque Mackenzie frappa à la porte de l’appartement au second étage, elle se demanda à combien de portes elle avait toqué aujourd’hui. Onze ? Douze ? Elle n’en était pas sûre.
« Une minute, dit la voix enjoué d’un homme de l’autre côté. Lorsque la porte s’ouvrit enfin, ils furent accueillis non seulement par un homme d’âge moyen, d’origine afro-américaine, mais également par les senteurs de cuisine thaï.
« Etes-vous M. Todd Thompson ? demanda Ellington.
– C’est moi » dit-il. Il parut d’abord confus mais lorsqu’il vit les deux agents sortir leurs badges, un air de compréhension passa sur son visage. En voyant cette expression, Mackenzie réalisa que cela faisait longtemps que M. Thompson s’attendait à cette visite.
« Nous sommes du FBI, dit Mackenzie. Nous enquêtons sur le meurtre d’une jeune femme qui s’est passé à environ trente kilomètres au nord d’ici. Etant donné que vos empreintes ont été retrouvées sur son permis de conduire, j’apprécierais que vous nous receviez à l’intérieur. »
Thompson acquiesça, s’écartant d’un pas pour les laisser entrer. A présent, plus que jamais, Mackenzie était certaine qu’il savait que ce jour allait venir. Etrangement, il ne semblait pas du tout effrayé. Cela se confirma davantage quand, sitôt après avoir fermé la porte, il se dirigea vers une petite table dans la cuisine et s’y assit, attablé devant son plat à emporter thaï.
« Pardonnez-moi de dire ceci, continua Mackenzie, mais vous ne semblez pas perturbé que le FBI vienne frapper à votre porte.
– Avec la preuve que vous avez manipulé le permis de conduire d’une femme à présent décédée, qui plus est, ajouta Ellington.
– Quand a-t-elle été tuée ? » demanda Thompson. Il paraissait triste et ses yeux se firent peu à peu plus vagues tandis qu’il mangeait son dîner.
« Vous ne savez honnêtement pas de quoi nous sommes en train de parler ?
– Non. Mais je suis au courant pour les permis de conduire.
– Au pluriel ? » demanda Mackenzie.
Thompson prit une dernière bouchée puis laissa tomber sa fourchette en plastique dans le plat qu’il écarta de lui. Il soupira profondément et regarda les deux agents d’un air accablé. « Oui, dit-il. Il y en a probablement quelques uns qui circulent.
– Tout ceci n’a pas de sens, M. Thompson, dit Mackenzie. Pourquoi ne nous dites-vous pas pourquoi l’empreinte de votre pouce s’est retrouvé sur le faux permis de la femme décédée ?
– Parce que c’est moi qui l’ai fabriqué. Même si j’ai utilisé une poudre en le faisant qui était censée ne pas y laisser mes empreintes. Vous utilisez des rayons ultraviolets ?
– En effet.
– Merde. Eh bien, oui… j’ai fabriqué ce permis.
– Au service d’immatriculation des véhicules, je suppose ? demanda Mackenzie.
– C’est ça.
– La jeune femme vous a-t-elle payé pour ça ? Le nom sur le permis était Marjorie Hikkum.
– Non. C’est toujours la même femme qui paie à leur place. »
Mackenzie commençait à être agacée par la manière désinvolte avec laquelle Thompson expliquait les choses. Elle savait rien qu’en regardant la mâchoire crispée d’Ellington qu’il commençait aussi à être énervé.
« M. Thompson, s’il vous plaît, expliquez-nous donc de quoi vous parlez.
– Ca fait trois ans environ que je fais ça. Cette femme vient, prétend avoir un problème quelconque et me file l’argent. Cinq cent dollars par pièce d’identité. Une semaine plus tard, je lui donne ce qu’elle a demandé.
– Vous comprenez à quel point c’est illégal, n’est-ce pas ? demanda Ellington.
– En effet. Mais cette femme… elle essaie aussi de faire une bonne action. Elle veut ces pièces d’identité parce qu’elle essaie de venir en aide à ces filles.
– Quelles filles ? » demanda Ellington, aboyant presque la question.
Thompson les regarda, confus. Cela lui prit un moment pour comprendre ce qu’il se passait et puis il leur lança à tous deux un regard désolé. « Bon sang. Je suis navré. Puisque vous êtes venus en posant des questions sur les pièces d’identité et la femme décédée, j’ai cru que vous étiez déjà au courant. Les papiers que je fabrique sont pour des femmes qui sont parvenues à s’échapper de cette cinglée de ferme de l’autre côté de Fellsburg.
– Quelle cinglée de ferme ? » demanda Mackenzie.
Cette question parut sincèrement inquiéter Thompson pour la première fois depuis qu’ils étaient venus frapper à sa porte. Il esquissa une légère grimace et secoua doucement la tête. « Je ne me sens pas d’en parler. Trop de gens importants sont impliqués, vous voyez ?
– Non, nous ne voyons pas. » Même si elle se rappelait que McGrath avait raconté qu’une sorte de communauté religieuse se trouvait dans la région et que c’était l’une des raisons pour laquelle les agents locaux hésitaient face à l’enquête.
« Eh bien, M. Thompson, je déteste devoir le dire de cette façon, dit Ellington, mais vous avez déjà avoué avoir fabriqué les fausses pièces d’identité. Si nous le voulions, nous pourrions vous arrêter pour cela et faire en sorte que vous passiez au moins les six prochains mois en prison. En fonction de ceux à qui vous les avez vendus, ce pourrait être encore pire que ça. Cependant, si vous nous apprenez qui étaient ces femmes à qui vous avez fourni ces papiers et que cela nous aide dans notre enquête, alors nous pourrions en quelque sorte passer sur tout cela. Nous insisterions pour que vous cessiez de fabriquer de fausses pièces d’identité en vous servant d’un établissement publique comme le service des immatriculations, mais ça s’arrêterait là. »
Thompson parut légèrement embarrassé d’être tombé dans un tel piège. L’expression gênée sur son visage se transforma en un sourire de défaite. « C’est possible de laisser mon nom en dehors de ça ?
– A moins qu’il n’y ait des circonstances atténuantes, je ne vois pas comment, dit Mackenzie. Avez-vous peur que quelqu’un ne cherche à se venger ?
– Avec ces gens-là, je ne sais tout simplement pas. » Lorsqu’il vit que les deux agents n’avaient toujours aucune idée claire de ce dont il parlait, il soupira de nouveau et poursuivit. « Cette femme vient et achète les documents. Elle les obtient pour des femmes qui tentent d’échapper à la Communauté. Elles s’en servent afin de se rétablir – juste quelques petites choses qu’elles peuvent posséder et qui les aident à démarrer une nouvelle vie. Une vie normale.
– Qu’est-ce que c’est cette Communauté ? demanda Ellington.
– Une communauté religieuse à environ vingt-cinq kilomètres de là, de l’autre côté de Fellsburg – c’est à peu près à quarante minutes d’ici. Beaucoup de gens connaissent son existence mais personne n’en parle vraiment. Quand ça arrive, c’est soit en plaisantant soit en parlant à voix basse d’un air effrayé.
– Vous avez une idée de la raison pour laquelle certaines femmes de cette Communauté éprouveraient le besoin de s’en échapper ? »
Thompson haussa les épaules. « Je ne suis pas sûr. C’est la vérité. Franchement, je n’en sais pas plus au sujet de cet endroit que n’importe qui que vous interrogeriez dans la rue. Je ne faisais que fabriquer et vendre ces pièces d’identité.
– Vous ne savez pas du tout ce qu’ils font ?
– La rumeur dit qu’ils pratiquent une sorte de culte polygame. Certains des hommes auraient trois ou quatre femmes. Ils sont censés être très religieux – du genre foudre du Nouveau Testament, ces trucs-là.
– Et à propos de cette femme qui vous achète les documents ? Que savez-vous d’elle ?
– Pas grand-chose. Quand elle est venue et m’a demandé si je voulais de ce petit boulot supplémentaire, l’une de ses conditions était que je ne pose pas de questions. J’ai pensé que c’était n’importe quoi mais alors elle m’a glissé cinq cent dollars. Et écoutez-moi… j’ai bientôt soixante ans et j’ai encore des dettes. Je ne pouvais pas laisser passer autant d’argent.
– Vous ne connaissez même pas son nom ? demanda Ellington.
– Non. Désolé.
– Pouvez-vous la décrire ?
– Elle est plutôt jeune. Entre vingt-cinq et trente ans, je dirais. Jolie. Des cheveux bruns, elle porte des lunettes de vue.
– Quelque chose d’autre qui vous revient en tête ? demanda Mackenzie. N’importe quoi.
– J’ai aperçu brièvement sa voiture une fois. Elle n’était venue que trois fois alors. La seconde fois, je me suis dépêché d’aller dans l’entrée quelques secondes après elle. Je l’ai vue partir à travers la vitre. Elle se dépêchait à travers le parking et elle est montée dans sa voiture. Un modèle ancien, rouge, une berline, je crois.
– Est-ce qu’elle prend rendez-vous pour vous rencontrer ? demanda Ellington.
– Non. »
Ils continuèrent de discuter mais Mackenzie n’en écouta que des bribes. Elle se raccrochait à quelque chose que Thompson avait dit. Un modèle ancien, rouge, une berline, je crois.
Il y avait eu une voiture rouge, un modèle ancien, dans l’allée d’Amy. Une Pontiac. En temps normal, Mackenzie aurait pensé que ce n’était là guère plus qu’une coïncidence. Mais Amy s’était conduite bizarrement – elle avait eu l’air effrayé et soupçonneux. Cela valait certainement le coup de lui rendre une seconde visite.
« M. Thompson, merci beaucoup de nous avoir accordé votre temps, dit Mackenzie. Nous allons laisser tomber cette affaire de pièces d’identité mais vous devez arrêter de les fabriquer.
– Vous dites que la fille est morte, c’est ça ? Et qu’elle avait l’un de mes documents ?
– Apparemment.
– Alors j’arrête tout. Aucune somme d’argent ne vaut la peine d’être impliqué dans un truc pareil. »
Mackenzie et Ellington retournèrent à la porte. Ellington donna à Thompson l’une de ses cartes de visite avec instruction de les contacter s’il revoyait cette femme ou si elle essayait de se mettre en rapport avec lui d’une quelconque façon. Ils s’en allèrent, le laissant l’air quelque peu perturbé, peut-être réfléchissait-il au fait que le seul élément connu au sujet de la femme décédée était la fausse pièce d’identité qu’il avait fabriqué.
« Alors qu’est-ce que tu as compris tout d’un coup ? dit Ellington tandis qu’ils se dépêchaient de regagner leur voiture. Tu as mis fin si vite à la conversation et tu avais cet air bizarre sur le visage.
– Quel air ?
– Celui que tu as présentement sur le visage – comme un enfant qui vient de repérer un cadeau supplémentaire sous le sapin de Noël.
– Sa description de la voiture. Une berline de modèle ancien. Il y en avait une garée dans l’allée de l’une des maisons que j’ai visitées. Chez Amy Campbell… et elle était nerveuse. Très soupçonneuse et elle n’a jamais semblé prête à me laisser entrer.
– On dirait que nous avons peut-être là notre première piste.
– Peut-être » dit Mackenzie.
Cela semblait juste mais étant donné la nature de l’affaire et la façon dont s’était comportée Amy, elle se disait qu’ils auraient peut-être besoin de prendre un supplément de précautions pour s’assurer qu’il ne s’agissait pas juste d’une coïncidence. Elle détestait perdre du temps de cette façon mais au fond de sa tête, elle se rappelait également qu’il était possible que la Communauté soit impliquée.
Même si elle n’en avait jamais fait elle-même l’expérience, elle avait lu des études de cas et des rapports d’autres enquêtes où l’implication de groupes religieux lors d’une affaire rendait tout aussi explosif qu’une bombe à retardement. Et si elle pouvait éviter cela, Mackenzie était plus que disposée à agir par étape en prenant davantage de temps.