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CHAPITRE XIII
LES VOYAGEURS ANUITÉS

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Nos voyageur auraient longuement disserté sur les lions sans la fâcheuse condition de leurs chevaux. Les pauvres bêtes n'avaient brouté que pendant quelques heures depuis le passage des criquets émigrants; elles souffraient cruellement et il leur restait encore à faire un long trajet avant d'arriver au camp.

La nuit était sombre quand elles s'arrêtèrent à l'endroit où elles s'étaient reposées le soir précédent. Il n'y avait ni lune, ni étoiles. Les gros nuages noirs qui couvraient la voûte du ciel présageaient un orage; mais la pluie n'était pas encore tombée.

L'intention des voyageurs était de faire halte et de laisser reposer leurs chevaux. Ils mirent pied à terre; mais, après avoir exploré le terrain, ils n'y trouvèrent pas trace de gazon!

Ce fait leur parut étrange; ils étaient sûrs d'avoir observé la veille des touffes d'herbe à la même place, et il n'y en avait plus!

Les chevaux baissèrent leurs naseaux vers la terre, les relevèrent en ronflant, et parurent désappointés. Ils auraient mangé les moindres brins d'herbe, car ils arrachaient avec avidité les feuilles des buissons devant lesquels ils passaient.

Est-ce que les locustes étaient venues de ce côté? Non: les gazons avaient disparu; mais les taillis de mimosas, qu'elles n'auraient pas manqué de dévaster, avaient conservé leur feuillage délicat.

Les voyageurs s'étaient-ils trompés de route? C'était impossible. Von Bloom avait déjà fait quatre fois ce chemin. Quoique l'obscurité l'empêchât d'en voir la superficie, il remarquait de loin en loin des buissons qui lui étaient connus, et dont la vue le confirmait dans l'opinion qu'il était dans la bonne voie.

Surpris au dernier point, il aurait examiné le sol avec attention, s'il n'avait eu hâte d'arriver à la source. L'eau des gourdes était épuisée depuis longtemps; hommes et chevaux souffraient encore une fois de la soif.

D'ailleurs, Von Bloom n'était pas sans inquiétude sur le sort de ses enfants, dont il était séparé depuis un jour et demi. Plus d'un changement pouvait être survenu pendant l'intervalle. Pourquoi les avoir laissés seuls, exposés à des dangers imprévus? Il aurait mieux valu abandonner le bétail à sa malheureuse destinée.

Telles étaient les tardives réflexions du porte-drapeau. Un pressentiment lui disait qu'il était arrivé quelque malheur.

Les voyageurs s'avançaient en silence; ce fut Hendrick qui entama de nouveau la conversation en disant:

– Je suis d'avis que nous nous sommes égarés.

– Rassure-toi, répondit Von Bloom; nous suivons la bonne direction.

– Baas, dit à son tour le Bosjesman, je ne m'y reconnais plus.

– Va toujours, reprit le fermier; nous nous rapprochons de notre camp.

Cependant, un mille plus loin, il avoua qu'il commençait à sentir le premier trouble de l'incertitude. Au bout d'un autre mille, il déclara qu'il était perdu.

Ce qu'il y avait de mieux à faire en pareil cas, c'était de s'en rapporter à la sagacité instinctive des chevaux; mais ils avaient faim, et quand on les abandonnait à eux-mêmes, ils se ruaient sur les mimosas. On était obligé de les presser à coups de fouet et d'éperons, de sorte qu'il était difficile de conserver à leur marche quelque régularité.

Nos voyageurs calculaient qu'ils devaient être près de leur camp; mais n'en voyant pas briller le feu, ils résolurent de faire halte. Ils attachèrent leurs chevaux à des buissons, s'enveloppèrent dans leur kaross et se couchèrent. Hendrick et Swartboy furent bientôt endormis. Von Bloom était assez fatigué pour les imiter; mais les angoisses de son cœur paternel l'empêchèrent de fermer les yeux.

Il attendit l'aurore avec impatience, et dès les premières clartés promena ses regards sur les environs. Ils s'étaient par hasard arrêtés sur une éminence d'où l'on dominait une grande étendue de pays; mais il n'eut pas la peine de faire le tour de ce panorama. Du premier coup d'œil il aperçut la tente blanche de sa charrette.

Le cri de joie qu'il poussa réveilla les dormeurs. Ils se levèrent aussitôt et partagèrent la satisfaction de Von Bloom; mais peu à peu elle fit place à la surprise. Etait-ce bien leur charette? Etait-ce bien la place où il l'avait laissée?

La vallée où ils avaient campé était de forme oblongue, resserrée entre deux pentes douces, et arrosée par une source qui alimentait un étang. Ils voyaient l'eau étinceler à la lumière du soleil; il leur semblait reconnaître les monticules qui bordaient le vallon; mais ils cherchaient vainement le verdoyant tapis dont ils l'avaient vu couvert. Le sol qu'ils avaient sous les yeux était nu. Les buissons qui croissaient çà et là n'avaient point de feuilles et les arbres seuls conservaient un peu de verdure. Le paysage n'offrait qu'une vague analogie avec celui qui environnait leur camp.

– Cette charrette doit appartenir à d'autres voyageurs, se dirent Hendrick et Von Bloom.

– Attendez! s'écria Swartboy en se baissant brusquement.

Le Bosjesman étudia le terrain, sur lequel il appela l'attention de ses compagnons. Ils y remarquèrent avec stupéfaction les traces de plusieurs milliers de sabots. La terre avait l'aspect d'un vaste parc à moutons; si vaste qu'elle était foulée de toutes parts à perte de vue.

– Qu'est-ce que cela signifie? demanda Hendrik.

– Je n'y comprends rien, dit Von Bloom.

– Je vais vous l'expliquer, dit Swartboy. C'est bien notre charrette dans la même vallée, au bord de la même source, mais seulement il y a eu un trek-boken.

– Un trek-boken! s'écrièrent Von Bloom et Hendrik.

– Oui, baas, et il a été très-grand. Voyez plutôt les traces des antilopes!

Von Bloom se rendit compte alors de la nudité du pays, de l'absence des feuilles dans les buissons et des milliers d'empreintes dont le sol était couvert. Un trek-boken avait eu lieu, c'est-à-dire que des troupeaux d'antilopes springboks avaient traversé la contrée dans une de leurs émigrations.

Les alarmes de Von Bloom se dissipèrent en partie; cependant il s'empressa de débrider son cheval et de descendre dans la vallée. En approchant, il vit autour de la charrette les deux chevaux et la vache attachés aux roues de la charrette, sous laquelle s'allongeait une masse informe. Le feu du camp brûlait derrière le véhicule. Le cœur palpitant, les yeux fixes, les deux voyageurs s'avancèrent précipitamment, sans que personne vînt à leur rencontre. Leur souffrance était au comble, lorsque les deux chevaux attachés à la charette hennirent avec bruit. La masse noire qui était dessous s'agita et se dressa brusquement: c'était Totty. Les rideaux qui fermaient la tente s'écartèrent pour livrer passage à trois jeunes têtes. Peu de temps après le petit Jan et Gertrude sautaient dans les bras de leur père, tandis que Hans et Hendrik, Swartboy et Totty échangeaient de joyeuses félicitations.

Les enfants des bois

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