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CHAPITRE III

Table des matières

JALOUSIE. — CALOMNIE. — BANNISSEMENT. — RETOUR CHEZ LE CHATELAIN DE CASTELNEAU.

Les succès du jeune Arnaud et la faveur de la princesse excitèrent bientôt contre lui les plus atroces calomnies; sa généreuse protectrice s’en trouva atteinte; un jour de brillante réunion, ayant laissé tomber son mouchoir, Catelan s’empresse en le relevant de le porter à ses lèvres.

Un murmure d’improbation s’élève aussitôt de toutes parts.

— Ah! dit la princesse, devons-nous refuser de si innocentes faveurs à ceux dont les vers et le talent nous immortalisent?

Béatrix avait ce penchant naturel qui fait aimer la gloire et la renommée; cependant, voyant grossir l’orage qui menaçait son protégé, elle le fit appeler un jour dans son cabinet.

— Vous avez vingt ans, Arnaud, lui dit-elle, et je veux vous donner, sans plus attendre, la plus haute marque de mon estime et de ma sollicitude pour vous.

— Ah! princesse, répond Arnaud, que pouvez-vous ajouter à tant de générosité ? Je ne suis rien que par vous; ma vie vous appartient, elle vous est entièrement consacrée.

— Je le sais, répond Béatrix avec émotion. Ainsi vous me permettez d’en disposer? Voici un message confidentiel, qui vous sera, j’espère, agréable à remplir. Adieu, dit-elle en tendant la main au jeune troubadour qui, un genou à terre, y dépose un baiser.

Elle soulève aussitôt la portière, qui la sépare de Catelan, et rentre dans ses appartements en lui faisant de la main un dernier signe d’adieu.

Arnaud, resté seul, lut l’adresse du message: A Robert de Castelneau.

— Ah! se dit en lui-même le jeune homme, c’est sans doute la réponse à la lettre close.... Il fait aussitôt ses préparatifs de départ.

L’accueil cordial qu’il reçoit du châtelain et de son aimable sœur, enchantés de le revoir, lui fait une heureuse diversion aux regrets qu’il a éprouvés en s’éloignant encore de sa bienfaitrice.

Après un séjour assez prolongé, Ar naud, se disposant à partir, demande au châtelain s’il a préparé la réponse an message.

— Oui, dit le châtelain, je vais vous la faire verbalement. Mon jeune ami, puisque nous sommes seuls en ce moment, vous êtes mon prisonnier; la princesse vous a exilé pour un an de sa présence, et vous ne devez reparaître devant elle qu’avec le titre d’époux de ma sœur Marguerite.

Ceci fut dit en plaisantant au jeune troubadour. Surpris et confondu en même temps d’un tel excès d’honneur, de confiance et de sévérité, il improvisa à ce sujet des chants et des vers d’une gaieté folle; mais il acquit bientôt la certitude que rien n’était plus vrai, et que Béatrix de Provence l’avait effectivement et impitoyablement banni de sa présence pour un an, et qu’il ne devait, à cette époque, se présenter à la cour qu’accompagné del’épouse qu’elle lui avait choisie.

L’idée d’un prochain mariage ne s’était jamais présentée à sa pensée; il estimait mademoiselle de Castelneau; il aimait à partager avec elle les soins qu’elle donnait à la culture des fleurs, et à l’aider à en extraire le délicieux parfum, mais il ne sentait nullement pour elle cette tendresse, ce sentiment exclusif que l’on désire éprouver pour la femme à laquelle on veut unir sa destinée.

Pressé de répondre définitivement et de fixer le jour de la célébration d’une union que le châtelain regardait comme certaine, Arnaud, après avoir passé la nuit en méditation, sort furtivement de sa chambre au point du jour, suspend son luth en bandoulière, jette sur ses épaules son petit manteau à l’espagnole, enferme dans sa valise le flacon de parfum, laisse à l’adresse du châtelain un billet qui contient ses adieux à Marguerite, en la suppliant de le pardonner et de prier pour lui. Il se rend ensuite à l’écurie, selle son coursier et sert, en disant à son écuyer qu’il se rend à un pèlerinage.

Après avoir chevauché jusqu’à la fin du jour, il éprouve le désir de recueillir ses pensées et de laisser respirer son cheval; il aperçoit au bord du Rhône, sur un petit rocher, une chapelle dédiée à Notre-Dame: — Voici, dit-il, une heureuse inspiration. Il attache son cheval: — Dirigez-moi, mère du Sauveur; et il entre dans le saint lieu. Après une fervente prière, il sort satisfait d’avoir eu le courage de conserver sa liberté. Il trouve très-injuste l’arrêt de la princesse qui lui interdit sa présence; son cœur naïf et pur ne lui laisse pas soupçonner qu’elle a voulu le soustraire à la haine et à la vengeance des hommes injustes dont il a, sans le vouloir, excité la jalousie, et que cet exil est un nouveau bienfait de sa protectrice.

Notre héros, en apercevant sur le Rhône une barque qui borde la côte, forme soudain le projet de s’embarquer et se rend dans cette intention à Aigues-Mortes, qui est le port le plus rapproché du lieu où il se trouve, et deux jours après, il s’embarque.

Jetant un regard en arrière, le jeune Arnaud emportait peu d’espérances et beaucoup de regrets dans le cœur.

Armand Catelan, ou Le troubadour provençal au Bois de Boulogne, XIIIe siècle

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