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LES ORIGINES SAVOISIENNES
ОглавлениеL’Arc de Campanus
L’Arc de Campanus, aujourd’hui complètement dégagé, décore d’une façon pittoresque la place des Bains, à Aix.
Ce monument, que vulgairement on appelle arc de triomphe, parce qu’il en a la figure, n’était que la sépulture d’un particulier appelé Pompeïus Campanus et de toute sa famille.
Caducée en bronze
d’un dessin et d’un travail remarquables, beau spécimen de l’art romain trouvé à Lémenc (Chambéry).
1. La Savoie préhistorique. — Les lointains ancêtres, qui vivaient aux temps préhistoriques et sur lesquels nous ne possédons aucun document écrit, avaient leurs habitations construites sur les bords de nos lacs savoisiens. Les emplacements de ces villages lacustres ont été retrouvés de nos jours. Des fouilles dans le lac du Bourget (baie de Grésine), dans le lac d’Annecy, dans le lac Léman, ont permis de repérer des pilotis qui supportaient ces habitations primitives (palafittes), des débris de poterie, des ustensiles de ménage, des étoffes, des armes datant de ces temps reculés.
Tous les objets provenant de ces fouilles forment des collections importantes, que l’on peut visiter au Musée départemental de Chambéry et au Musée d’Annecy. La Savoie et la Haute-Savoie sont au premier rang des départements français par la richesse des collections préhistoriques de leurs Musées.
2. Les Allobroges. — Au temps des menhirs, puis des druides, la Savoie fut habitée par une tribu de Gaulois appelés Allobroges. Les Allobroges donnèrent leur nom à la région comprise entre le lac de Genève, le Rhône et l’Isère.
Les Allobroges nous sont connus par les historiens romains. Durant les grandes luttes entre la République romaine et la République carthaginoise (Tunisie actuelle), les Allobroges facilitèrent aux troupes d’Annibal, général carthaginois, qui voulait détruire la puissance romaine par la prise de Rome, le passage des Alpes.
Lorsque la République romaine fut en proie à la guerre civile et que les bandes du conspirateur Catilina se disposaient à marcher sur Rome pour s’emparer du pouvoir par la force, ce furent des ambassadeurs allobroges qui prévinrent Cicéron, alors consul, des desseins de Catilina. A la suite de ces événements, les Allobroges devinrent les amis du peuple romain.
Plus tard, les Allobroges essayèrent de s’opposer à la conquête de la Gaule par Jules César en s’alliant aux autres tribus gauloises, mais leur défense courageuse fut inutile. Ils furent obligés d’accepter la domination romaine après que Vercingétorix eût été fait prisonnier. Seules les tribus des hautes vallées, comme celle des Centrons en Tarentaise, continuèrent à résister et ne se soumirent qu’un siècle après.
3. La Savoie sous la domination romaine. — L’Allobrogie bénéficia, comme les autres pays soumis à Home, des bienfaits de la longue paix que les empereurs romains procurèrent pendant de très nombreuses années à la plus grande partie de leur empire.
L’administration des préfets romains favorisa le travail des populations. De grandes routes furent construites pour faciliter les relations économiques de l’Allobrogie avec les autres parties de l’empire. La plus importante de ces routes reliait, par le Petit-Saint-Bernard, Milan en Italie avec la capitale de l’Allobrogie romaine, qui était Vienne en Dauphiné. Une autre voie importante se détachait de cette route vers Gilly-sur-Isère, en aval des confluents de l’Arly et de l’Isère, pour aboutir à Annecy, puis à Genève, et plus tard à Strasbourg.
4. Les vestiges de la civilisation romaine en Savoie. — La terre de Savoie porte encore de nombreux vestiges de cette civilisation romaine qui fut partout si grandiose. Au col du Crucifix, entre Aiguebelette et Chambéry, la route emprunte le tracé de l’ancienne voie romaine dont on voit encore quelques dalles. Le Musée de la ville de Chambéry possède le «caducée», magnifique exemplaire de l’art antique, retrouvé sur l’emplacement de Lémenc où s’élevait une ville romaine, et une merveilleuse statuette en bronze, celle d’une Vénus, retrouvée à Détrier (canton de la Rochette).
Annecy a, dans son Musée, des collections précieuses d’inscriptions, de fragments de monuments, de statues, etc., mises à jour par les fouilles pratiquées dans la plaine des Fins, sur l’emplacement de Bauta, l’Annecy des Romains.
La Tarentaise avait à Aime la résidence d’un fonctionnaire romain. On y a retrouvé des inscriptions curieuses, en particulier celle d’un fonctionnaire impérial qui se plaint que ses supérieurs le laissent trop longtemps dans ce poste de montagne. Il demande aux dieux d’intervenir pour qu’il soit nommé dans sa province natale.
Aix-les-Bains était déjà célèbre à cette époque pour ses sources thermales. L’arc de Campanus encore debout témoigne de celle ancienne renommée, ainsi que les ruines d’un temple de Diane. Des inscriptions nous font savoir qu’Aix-les-Bains était alors, comme aujourd’hui, une station mondaine très à la mode.
5. Invasions barbares: 1° Les Burgondes. — Quand l’empire romain fut envahi et conquis par les Barbares qui venaient de l’Est, les Burgondes occupèrent l’Allobrogie. Ils incorporèrent, en 436, au royaume de Bourgogne qu’ils fondèrent, la Sabaudia (pays des sapins). C’est la première fois que la Savoie est désignée à part de l’Allobrogie. Les Burgondes firent un moment de Genève leur capitale. Le premier royaume de Bourgogne dura un siècle. Le Musée d’Annecy possède beaucoup d’objets datant de cette époque.
2° Les Franes. — Au VIe siècle de l’ère chrétienne, ce royaume fut anéanti par les Francs. Les nouveaux conquérants s’emparèrent du Genevois, du Faucigny, du Chablais, et le reste de la Savoie passa aux Ostrogoths, maîtres de l’Italie.
Les successeurs de Clovis ne tardèrent pas à chasser les Ostrogoths de la Tarentaise, de la Maurienne. Ils soumirent le pays au régime des coutumes franques. Ces coutumes, qui étaient celles des Germains, accordaient beaucoup de liberté aux guerriers des tribus. Ainsi la justice ne pouvait être rendue à ceite époque que par l’ensemble, pour une région, des hommes libres ou guerriers francs qui s’y trouvaient établis et que le représentant du roi des Francs réunissait périodiquement en assemblée.
Ces habitudes de liberté persistèrent longtemps dans les mœurs des habitants des hautes vallées des Alpes savoisiennes.