Читать книгу Histoire chantée de la première République, 1789 à 1799 - Louis Damade - Страница 5
LH SERMENT DU JEU DE PAUME
Оглавление20 JUIN 1789
Air: Mon petit cœur à chaque instant soupire.
O liberté, combien est magnanime
Ce fier mortel qui, plein de ton ardeur,
Prend son essor, et dans son vol sublime
Soudain s’élève et plane à ta hauteur!
Tel qu’un hercule, en s’offrant à ma vue,
Aux nations vient-il donner des loix?
Partout son bras, armé de sa massue,
Abat l’orgueil des tyrans et des rois!
Mais est-ce toi, liberté trois fois sainte,
Qui, dans ce lieu déployant tes attraits,
Fais pour toujours briller son humble enceinte
De tout l’éclat des superbes palais!
Oui, c’est toi-même, adorable immortelle,
Qui nous créant ces généreux vengeurs
Pour soutenir la cause la plus belle
Du plus beau feu viens embraser leurs cœurs.
Tous, pénétrés de ta céleste flamme,
Tous, repoussant de coupables effrois
Jurent ensemble au despotisme infâme,
Ou de périr, ou de venger nos droits.
Dans le délire où ce serment le jette.
Le spectateur, en pleurant, le redit;
Les bras en l’air, le peuple le répète,
Il le répète, et le ciel applaudit!
Législateurs qui vous couvrez de gloire
Par le serment qu’ici vous prononcez,
Sur les tyrans vous gagnez la victoire,
Usez-en bien, ils sont tous terrassés!
Le despotisme, en sa rage exécrable,
Se flatte en vain d’un empire éternel;
Votre serment, ce serment redoutable,
Est pour le monstre un arrêt sans appel!
Vœu superflu! les pères de la France
Brisent le fil de ses brillants destins:
Affreux revers! de sa vive espérance
Le flambeau meurt et s’éteint dans leurs mains!
En l’élevant contre les fiers despotes,
Mille d’abord veulent tous les frapper,
L’intérêt parle, et ces faux patriotes,
Valets du Louvre, y vont soudain ramper!
Pour décevoir à ce point leur patrie,
Est-ce donc l’or, est-ce le fol orgueil
Qui, de l’honneur, dans leur âme flétrie,
Devient, hélas! le trop funeste écueil?
A leur début dans la vaste carrière,
Je vois en eux les plus grands des humains:
Vers le milieu, leur taille est ordinaire;
A peine, au bout, paraissent-ils des nains.