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RELIGIONS
LES PARADIS PROFANES EN OCCIDENT
(Revue de Paris, 1856.)

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Table des matières

Il semble qu’on est d’accord sur ce point, c’est qu’à côté de la théologie s’élève une science nouvelle, la science des religions. Si la première est purement dogmatique, la seconde est fondée sur la critique, puissant moyen d’analyse dont il était réservé à l’esprit moderne de savoir faire usage. Montrer l’antiquité cherchant Dieu, indiquer le sens caché des fables religieuses quand elles en ont un, tels sont les principaux objets de cette étude qui embrasse la terre et le ciel. Surtout elle offre un avantage: elle nous montre la jeunesse de l’humanité. Le monde est positif parce qu’il vieillit, mais il a été crédule, fou, enivré de poésie et de superstition, amoureux de la nature que nous faisons maintenant passer au creuset. Pour entrer avec succès dans le domaine de la philosophie et de l’histoire, il faut avoir traversé de toute nécessité celui des religions.

Au nombre des questions que soulève cette étude, on doit compter celle de la vie future, question d’une effrayante profondeur. Qu’y a-t-il dans les régions de la mort? Nul n’est revenu, nul ne reviendra pour nous le dire. Toutefois, la croyance à l’immortalité de l’âme sillonne les ténèbres comme une lueur consolante. Les religions en ont fait un dogme, celui de la récompense au delà du tombeau. Ce dogme raffermit les esprits que la pensée du néant épouvante. Il s’élève sur les derniers horizons de la vie comme une de ces constellations bénies des matelots.

La croyance que l’homme ne meurt pas tout entier date de loin. Cependant ce n’est que peu à peu qu’elle s’est dégagée du panthéisme. En prêchant le mépris des choses terrestres, en montrant le ciel comme le refuge de toutes les misères, le christianisme s’est emparé du mouvement si lent de la pensée antique vers la vie spirituelle; en le précipitant il lui a donné un nouvel essor. Par la voix des conciles, l’Église a proclamé le dogme de l’immortalité. L’idée de la rémunération future selon les mérites ou les démérites s’y est trouvée représentée par cette grande opposition du paradis et de l’enfer, de Dieu et de Satan, qui est le dualisme chrétien. Mais, avant le jour où le christianisme vint ouvrir les portes du ciel, le paganisme s’était fait des images variées de la vie future. Il y a là un plein courant de croyances, de rêves, de visions, depuis les imaginations les plus noires jusqu’aux illusions les plus riantes, courant immense qui a traversé l’antiquité tout entière.

Déjà deux écrivains de mérite, Labitte et Ozanam, qui ont étudié les idées des anciens sur la vie future, ont abordé le côté des enfers, mais ce n’est qu’occa sionnellement et en qualité de commentateurs du Dante. Quelles sont les sources de la Divine Comédie; quelles légendes ce sombre et fier génie a-t-il empruntées à l’antiquité grecque et latine, et aux temps de barbarie voisins de son siècle; tel est ce qu’ils cherchent, et ce but atteint, le reste leur devient indifférent. En attendant l’œuvre d’ensemble que l’érudition philosophique réclame, nous avons essayé d’indiquer par quelques pages rapides comment l’antiquité a compris le bonheur dans l’autre vie. Quand Hésiode affirme que l’espérance est au fond de la boîte de Pandore, Hésiode se trompe, elle est au fond du cœur de l’homme. C’est de cette espérance secrète que rien ne peut détruire, et qui renaît sans cesse comme les entrailles de Prométhée sous le bec du vautour, qu’est sorti le monde enchanté dont la Mort garde les portes. Pourquoi ce ciel bleu, ces riantes perspectives, cet éclat soudain au milieu de tant de réalités douloureuses? Serait-ce le souvenir presque effacé de notre vraie patrie?

L’austère judaïsme lui-même n’a point échappé à cette loi de notre cœur: Dieu a placé Adam et sa compagne dans un admirable verger sillonné par des eaux rafraîchissantes. Et lorsque le progrès amené par les siècles permit au christianisme de fonder son pouvoir sur les âmes, il vint promettre à la vertu blessée, dans les terribles luttes de la vie, des joies éternelles sous un dais d’azur.

Nous suivrons ce songe doré du bonheur depuis l’instant où il vient bercer l’enfance de la Grèce jusqu’au jour où il se perd dans l’auréole de la foi nouvelle; mais en racontant comment la vision du bonheur subit les influences des peuples et des civilisations, comment cette inspiration générale naît et se propage, peut-être aurons-nous fourni la matière d’un chapitre sur l’histoire de l’âme, peut-être aussi que quelques lecteurs nous sauront gré de leur avoir indiqué le cours de ces fleuves lumineux des paradis dont les rives, dit le poëte, sont couvertes de fleurs admirables:

E vidi lume in forma di riviera

Fulvido di fulgore intra due rive

Dipinte di mirabil primavera.

L'Art et l'archéologie

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