Читать книгу Les arts à la cour des papes Innocent VIII, Alexandre VI, Pie III (1484-1503) - Eugène Müntz - Страница 5
I
ОглавлениеL’histoire de l’art romain à la fin du XVe siècle et pendant tout le siècle suivant n’a pas provoqué jusqu’ici les patientes recherches auxquelles le passé de l’Ombrie ou de la Toscane, de Venise ou de Bologne, doit d’avoir été éclairé d’une si vive lumière. La Ville Éternelle le cède à cet égard, non seulement au foyer scientifique qui s’appelle Florence, mais encore à ses modestes émules, Pérouse, Sienne et Orvieto, dont les annales artistiques ont été révisées avec tant de succès de nos jours.
Et cependant aucune cité n’a exercé une influence plus directe sur le renouvellement des doctrines d’art; aucune ne s’est montrée plus hospitalière aux chefs d’École, de quelque région qu’ils vinssent. Nulle part ailleurs on n’a vu éclore, cinq ou six générations durant, un nombre plus surprenant de chefs-d’œuvre. En vain, on chercherait à diminuer l’intérêt du sujet en objectant que cette floraison n’avait rien de national; qu’elle était factice et due à la seule intervention d’artistes étrangers. Un fait est constant: Rome a été, à partir du milieu du XVe siècle, le théâtre d’une activité sans pareille; les instruments de cette activité fussent-ils venus, sans exception aucune, du dehors, Rome ne leur a pas moins donné l’unité et la cohésion.
Le principal obstacle aux recherches de ce genre a été la difficulté de pénétrer dans les dépôts de documents que conserve Rome, surtout dans les Archives Secrètes du Saint-Siège, dans celles du Chapitre de Saint-Pierre et de la Fabrique de Saint-Pierre, ainsi que dans celles des grandes familles romaines. Ce n’est pas qu’on n’ait mis au jour, à diverses reprises, des fragments empruntés à ces collections; mais les conditions mêmes dans lesquelles on les avait obtenus étaient de nature à décourager les plus intrépides. Fea, qui publiait en 1822 ses Notices inédites sur Raphaël, Bramante, les San Gallo, n’avait même pas pu consulter les registres originaux; il avait dû se contenter de la copie de ces pièces exécutée sous Alexandre VII et déposée à la Bibliothèque Chigi. Plus récemment, il fut donné à un autre Romain de franchir le seuil des Archives Secrètes, mais ce ne fut qu’à la dérobée qu’il put faire quelques extraits. Albert de Zahn, le dernier des érudits qui ait été admis dans les Archives Secrètes, avant qu’elles eussent été si libéralement ouvertes à l’étude par le Souverain Pontife régnant, n’a eu à sa disposition qu’un nombre limité de matériaux et, il faut bien l’ajouter, les matériaux les moins intéressants .
La création, au «Campo Marzo», d’un vaste dépôt dans lequel le gouvernement italien, après la prise de possession de Rome, réunit, sous le nom d’Archives d’État, les archives provenant de l’ancien Ministère des Finances pontificales, et une foule d’autres fonds, marque une nouvelle étape dans ces études. Le premier, M. Léon Clédat, aujourd’hui professeur à la Faculté des Lettres de Lyon, a signalé l’intérêt de ces documents . On sait, d’autre part, combien de notices précieuses en a tirées le regretté commandeur Antonio Bertolotti, depuis directeur des Archives de Mantoue. J’y ai puisé, de mon côté, les éléments de nombreuses publications, dont j’indique en note les principales.
Les Archives du Saint-Siège et les Archives d’État, telles sont, je l’ai déjà indiqué, les sources principales que j’ai mises à contribution. Mais, en outre de lacunes fâcheuses, la sécheresse inhérente à ces innombrables pièces de comptabilité me forçait de chercher ailleurs des renseignements plus complets, je devrais dire, plus vivants. Les Archives de la Basilique du Vatican (propriété du Chapitre de Saint-Pierre), celles de la Fabrique de Saint-Pierre, les bibliothèques publiques ou privées de Rome m’en ont fourni en abondance. C’est ainsi, pour ne citer qu’un exemple, qu’il m’a été possible de reconstituer beaucoup d’édifices détruits depuis, en me servant des notes manuscrites de Jacques Grimaldi, l’antiquaire romain auquel nous devons la description de tant de chefs-d’œuvre détruits par le faux goût des derniers siècles. J’ai été moins heureux dans les Archives du Capitole: pour l’époque dont je m’occupe, elles ne m’ont été que d’un faible secours. Quant aux Archives d’État de Florence, je leur dois cinq registres des plus précieux, relatifs aux pontificats de Léon X et Clément VII. Je citerai enfin les chroniques et les diaires, les biographies des papes et les mémoires contemporains, imprimés ou non, que j’ai également mis à contribution: grâce à tous ces documents, mes Régestes de l’art romain à l’époque de la Renaissance ne seront pas, je m’en flatte, trop incomplets.
Conformément au programme adopté dans mes précédents volumes, je réimprime, à côté des documents inédits, des pièces rares ou peu connues, de manière à offrir un tableau aussi complet que possible de l’activité qui a régné à la cour de chaque pape. Pour le même motif, je reproduis ici, en ce qui concerne le pontificat d’Innocent VIII, un certain nombre de notices que j’avais été obligé de publier dans divers recueils spéciaux, afin de prendre date et d’affirmer mes droits de priorité.