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CHAPITRE III

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Des causes ; de leur nombre et de leur nature ; quatre espèces de causes : la matière, la forme, le mouvement et la fin, ou le pourquoi des choses. - Modes divers des causes ; une même clisse peut avoir plusieurs causes ; il y a des choses qui sont réciproquement causes les unes des autres ; causalité des contraires ; acceptions propres et accidentelles du mot de cause. Causes en acte et en puissance ; causes individuelles ; causes génériques. - Méthode à suivre dans l’étude des causes.

Après les explications précédentes, nous devons étudier les causes pour en déterminer les espèces et le nombre. Comme ce traité, en effet, a pour objet de faire connaître la nature, et qu’on ne croit connaître une chose que quand on sait le pourquoi, en d’autres termes la première cause, il est clair que nous aussi nous devons faire cette étude en ce qui regarde la génération et la destruction des choses, c’est-à-dire tout changement naturel, afin qu’une fois que nous connaîtrons les principes de ces phénomènes, nous puissions essayer de rapporter à ces principes tous les problèmes que nous agitons.

D’abord, en un premier sens, on appelle cause ce qui est dans une chose et ce dont elle provient ; ainsi, l’airain est en ce sens la cause de la statue ; l’argent est cause de la burette, ainsi que tous les genres de ces deux choses.

En un autre sens, la cause est la forme et le modèle des choses ; c’est-à-dire la notion qui détermine l’essence de la chose, et tous ses genres supérieurs. Par exemple, en musique, la cause de l’octave est le rapport de deux à un ; et, d’une manière générale, c’est le nombre et les éléments de la définition essentielle du nombre.

Dans une troisième acception, la cause est le principe premier d’où vient le mouvement ou le repos. Ainsi, celui qui a donné le conseil d’agir est cause des actes qui ont été accomplis ; le père est la cause de son enfant ; et, en général, ce qui fait est cause de ce qui est fait ; ce qui produit le changement est cause du changement produit.

En dernier lieu, la cause signifie la fin, le but ; et c’est alors le pourquoi de la chose. Ainsi, la santé est la cause de la promenade. Pourquoi un tel se promène-t-il ? C’est, répondons-nous, pour conserver sa santé ; et, en faisant cette réponse, nous croyons indiquer la cause qui fait qu’il se promène. C’est en ce sens aussi qu’on appelle causes tous les intermédiaires qui contribuent à atteindre la fin poursuivie, après qu’une autre chose a eu commencé le mouvement. Par exemple, la diète et la purgation sont les causes intermédiaires de la santé, comme le sont aussi les remèdes ou les instruments du chirurgien. En effet, tout cela concourt à la fin qu’on se propose ; et, la seule différence entre toutes ces choses, c’est que les unes sont des actes, et les autres, de simples moyens.

Voilà donc à peu près toutes les acceptions du mot de cause.

Par suite de ces diversités de sens, il peut se faire qu’une même chose ait plusieurs causes, sans que ce soit même indirectement et par accident. Ainsi, pour la statue, c’est à la fois l’art du statuaire et l’airain qui en sont causes, non pas sous un autre rapport, mais en tant que statue. Seulement ce n’est pas de la même façon ; car l’une de ces causes est prise comme matière, et l’autre comme le principe d’où part le mouvement.

Il y a en outre des choses qui sont réciproquement causes les unes des autres ; ainsi, l’exercice est cause de la santé, et la santé à son tour cause l’exercice ; mais ce n’est pas de la même façon ; car ici la cause est considérée comme fin, et là comme principe de mouvement.

C’est précisément ainsi qu’une seule et même chose est cause des contraires ; car le même objet qui, étant présent, est cause de tel effet, est aussi quelquefois considéré par nous, quand il est absent, comme cause de l’effet contraire. Ainsi, l’absence du pilote est considérée comme cause de la perte du navire, parce que la présence de ce même pilote est considérée comme la cause du salut.

Toutes les causes dont nous venons de parler peuvent donc être ramenées à quatre classes qui sont les plus évidentes de toutes. Ainsi les lettres sont causes des syllabes ; la matière est cause de ce que l’art fabrique ; le feu et les éléments analogues sont causes du corps ; les parties sont causes du tout ; les propositions sont causes de la conclusion ; et ce sont là des causes en tant que c’est ce dont vient la chose. De toutes ces causes, les unes sont prises comme le sujet de la chose, et telles sont les parties relativement au tout ; les autres sont prises comme l’essence, et tels sont le total, la combinaison et la forme. Mais le germe, le médecin, le conseiller, et d’une façon générale l’agent, sont autant de causes d’où vient le principe du changement, soit mouvement, soit repos ; et la dernière classe de causes est celle où la cause est prise comme la fin et le bien de tout le reste ; car le pourquoi a droit d’être regardé comme ce qu’il y a de meilleur, dans les choses, et comme la fin de tout ce qui s’y rapporte. Ce ne fait rien d’ailleurs que ce soit réellement le bien ou simplement ce, qui paraît le bien. Telle est donc la nature des causes, et tel en est spécifiquement le nombre.

Les modes des causes peuvent sembler très multipliés ; mais on peut aussi les réduire en les résumant. En effet, le mot de cause peut avoir plusieurs acceptions diverses ; et ainsi, même dans des causes d’espèces pareilles, l’une peut être antérieure ou postérieure à l’autre. C’est en ce sens que le médecin et l’homme de l’art sont causes de la santé ; c’est le double et le nombre qui sont causes de l’octave eu fait d’harmonie, et d’une manière générale, les contenants par rapport à tous les objets particuliers qu’ils embrassent.

Parfois les causes et leurs différents genres peuvent être considérés aussi connue agissant indirectement et par accident. Ainsi c’est autrement que Polyclète est cause de la statue, et autrement que le statuaire en est cause ; car Polyclète ne peut être dit la cause de la statue qu’en tant que c’est un accident du statuaire d’être Polyclète. On appelle aussi causes en ce sens, les genres qui renferment et impliquent l’accident. Par exemple, on pourrait dire que c’est l’homme qui est cause de la statue, ou même d’une manière encore plus générale que c’est l’être vivant.

Il y a en effet des accidents qui sont plus éloignés ou plus rapprochés les uns que les autres, comme si l’un allait, par exemple, jusqu’à dire que c’est l’homme blanc, ou bien l’homme disciple des Muses, qui est la cause de la statue.

Après toutes ces acceptions de l’idée de cause, soit propres, soit accidentelles et indirectes, il faut encore distinguer les causes qui peuvent agir et celles qui agissent en effet. Ainsi, la cause de la construction de la maison, c’est ou le maçon qui pourrait la construire, ou le maçon qui la construit réellement.

Ces distinctions de causes que nous venons d’énumérer devront s’appliquer également aux effets dont elles sont les causes ; et, par exemple, on peut distinguer et cette statue qu’on a sous les yeux, ou la statue en général, ou même plus généralement encore l’image ; ou bien encore cet airain qu’on a là, sous la main, ou l’airain en général, ou plus généralement encore la matière. Même remarque eu ce qui concerne les accidents de ces effets.

Enfin on peut même encore réunir ces diverses espèces de causes ; et au lieu de considérer à part Polyclète, puis le statuaire, ou peut dire le statuaire Polyctète.

Quoiqu’il en soit, toutes ces nuances sont au nombre de six ; et elles sont chacune, susceptibles de deux sens divers : soit au point de vue de la cause même, soit au point de vue de son genre ; soit comme accident, soit comme genre de l’accident ; soit combinées, soit absolues et isolées, dans les mots qui les expriment ; enfin, toutes peuvent être distinguées, soit comme étant en acte réellement, soit comme étant en simple puissance.

La seule différence, c’est que les causes en acte et les causes particulières sont, ou ne sont pas, en même temps que les choses dont elles sont causes. Par exemple, ce médecin particulier qui guérit existe en même temps que le malade particulier qu’il soigne ; ce constructeur particulier existe en même temps que cette maison particulière qu’il construit. Quant aux causes en puissance, elles ne sont pas toujours contemporaines à leurs effets ; et, par exemple, la maison et le maçon ne périssent pas en même temps.

Il faut toujours, en recherchant la cause d’une chose quelconque, remonté aussi haut que possible, comme dans toute autre recherche. Par exemple, l’homme construit la maison, parce qu’il est constructeur. Il est constructeur en se conformant à l’art de la construction. Cet art se trouve donc être la première cause, la cause antérieure ; et ainsi de tout le reste.

Il faut remarquer en outre que les genres sont causes des genres, et que les individus sont causes des choses individuelles. Ainsi, le statuaire est génériquement la cause de la statue ; mais c’est tel individu statuaire qui est cause de telle statue spéciale. Les causes en puissance sont causes des choses en puissance ; et les causes en acte, causes des choses en acte.

Telles sont les considérations que nous avions à présenter sur le nombre des causes et sur leurs nuances.

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