Читать книгу Le monde vu par les artistes : géographie artistique - René Ménard - Страница 20
ОглавлениеPOLYNÉSIE
Iles de la Polynésie. — Nouvelle-Zélande. — Les petites îles.
Iles de la Polynésie. — On désigne, sous le nom de Polynésie, les îles très nombreuses, et formant plusieurs archipels, qui occupent l’océan Pacifique entre l’Australie et l’Amérique. La race qui peuple ces îles paraît originaire d’Asie: elle n’est pas inintelligente, et montre même un certain goût dans la construction de ses pirogues et de ses armes.
Le vice-amiral Jurien de la Gravière dit, en parlant des Polynésiens: «Leurs grands esquifs volent réellement sur l’eau; ils s’y balancent avec une sûreté, une aisance, que n’ont jamais connues les vaisseaux de l’antiquité... Frappée obliquement, leur voile conserve son action et perd à peine quelque chose de sa puissance.» Ces pirogues sont d’une forme gracieuse et quelquefois décorées de sculptures qui ne manquent pas d’élégance. La population des îles de la Polynésie décroît chaque jour et menace même de disparaître tout à fait dans une période peu éloignée.
La Polynésie occupe une immense étendue de mer; mais, à l’exception de la Nouvelle-Zélande, elle ne se compose guère que d’îlots très nombreux et réunis en archipels.
Nouvelle-Zélande. — La Nouvelle-Zélande est aujourd’hui une colonie anglaise déjà florissante et appelée à un grand avenir. Elle a pour sa capitale Auckland (70,000 hab.). Les villes principales sont Otago (98,000 hab.) et Wellington (35,000 hab.). Les naturels du pays, qui ont combattu les Anglais avec une vigueur extrême, sont réduits aujourd’hui à un nombre infime. Nos collections ethnographiques du Louvre et du Musée d’artillerie renferment quelques échantillons de leur industrie. Les talismans en jade (fig. 129) qu’ils portent suspendus à leur cou rappellent les petits objets du même genre fabriqués en Cochinchine. Le musée renferme aussi quelques instruments de musique, entre autres une flûte qui se termine à une extrémité par une tête d’oiseau (fig. 130-131). Les cabanes des Nouveaux-Zélandais, ainsi que leurs pirogues, accusent un. certain goût décoratif qu’on trouve rarement chez les sauvages. Celles des chefs sont pourvues d’un toit qui fait une saillie assez prononcée, et qui est quelquefois enrichi d’ornements délicats. Les colons de la Nouvelle-Zélande refoulent peu à peu les naturels qui restent, et avant peu d’années le pays ne sera plus habité que par des hommes de race européenne.
Fig. 129. — Talisman.
Fig. 130. — Flûte.
Fig. 131. — Fragment de la flûte.
Les petites îles. — Nous désignons sous ce titre tous les petits groupes d’îles polynésiennes répandues sur l’océan Pacifique et qu’il ne nous est pas possible d’examiner en détail. Les Français ont plusieurs établissements dans ces îles: le plus important est Papéiti, dans l’île d’Otahiti, qui fait partie de l’archipel de la Société. Les îles de Taïti, dont les habitants sont de haute taille, bien découplés et très peu colorés, aujourd’hui chrétiens, autrefois adorateurs du dieu Faroa, né dans une coquille et créateur de la grande terre, le pays des Taïtiens; les îles Tonga, dont les habitants, très industrieux, sont de race malaise; les îles Samoa; les îles Marquises, dont les naturels ont un tatouage des plus compliqués; sont toutes volcaniques, pourvues de vallées fertiles, et entourées de ceintures de coraux.
Les îles Sandwich forment un des deux grands groupes de la Polynésie. Toutes sont plus ou moins volcaniques et présentent des silhouettes extrêmement pittoresques. Leur capitale est Honolulu, où réside le roi, qui gouverne assisté par un conseil composé de chefs. Le climat des Sandwich est sain, la terre très fertile. On a fait la remarque, lorsqu’on a découvert ces îles, que les gardes du roi, que l’on y trouva alors jouissant de toutes les prérogatives de la royauté et entouré de sa cour, avaient des casques rappelant par leur forme ceux des guerriers grecs. Le musée du Louvre possède un de ces casques. Des idoles (fig. 132 et 133) nous permettent aussi de constater cette analogie. Encore à l’heure qu’il est, maintenant que les îles Sandwich ont été conquises à la civilisation, le roi de ce pays a toujours dans sa suite, en souvenir du passé, quatre héros vêtus du casque et du manteau traditionnels. Ce manteau est fait entièrement de plumes comme le casque.
Idoles des Iles Sandwich.
Fig. 134. — Géants de l’île de Pâques.
La Micronésie renferme l’archipel Bonin, les îles Mariannes, toutes volcaniques; les Carolines, moitié volcaniques, moitié formées de récifs madréporiques, enfin les Marshall et les Gilbert, purement madréporiques.
A l’extrémité orientale de l’archipel polynésien, on trouve la petite île de Pâques, complètement isolée au milieu des mers et éloignée de quatre à cinq cents lieues de toute terre habitée. Cook le premier a signalé, dans cette île volcanique, des géants sculptés d’un caractère bizarre dont l’allure rappelle les antiques idoles de Chypre et de la Phénicie, mais qui ne peuvent se rattacher à aucune tradition connue (fig. 134 et 135).
Fig. 135. — Géant de l’île de Pâques.
D’après A. Pinart, ces statues auraient été taillées à même le rocher, et l’atelier où elles se confectionnaient serait le sommet d’un volcan dans lequel le savant voyageur en a vu quarante, dont quelques-unes étaient restées en cours d’exécution. La roche que l’on choisissait pour les tailler était située sur un plan incliné, de telle façon qu’on pût les faire glisser jusqu’à l’emplacement qui leur était destiné. Les figures 136 et 137 montrent la manière dont ces images étaient coupées par derrière, après que le visage avait été taillé dans le rocher.
Fig. 136. — Géant vu de face.
Fig. 137. — Géant vu de dos.
L’une des statues qui ont été mesurées donne les dimensions suivantes: hauteur du front, 2 mètres, — longueur du nez, 3m,40; — longueur du nez aux lèvres, 0m,75; — hauteur du menton, 2 mètres; — corps, 12 mètres. On a également trouvé dans l’île de Pâques des restes de constructions assez vastes, des chambres sépulcrales, et des planches de bois sur lesquelles sont gravés des signes hiéroglyphiques appartenant à une langue inconnue.
Quels sont les auteurs de ces inscriptions, et surtout de ces bizarres et gigantesques images, dont on peut voir un modèle au musée anthropologique, depuis que l’une d’elles a été rapportée à Paris? L’île de Pâques contient à peine deux cents habitants, et son exiguité, aussi bien que la stérilité de son sol, empêchent de croire qu’elle ait jamais pu être bien peuplée. Ses habitants sont des sauvages, incapables d’avoir taillé ces statues dans les montagnes, et qui n’ont d’ailleurs aucun souvenir du temps où elles ont pu être faites. Le problème des géants de l’île de Pâques est extrêmement curieux, non seulement pour l’histoire de l’art, mais encore pour les études sur les migrations des races.