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La Bestialité et l’Hérésie

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LA seule et véritable histoire du peuple au XVe siècle est l’histoire des sectes religieuses.

Pour abattre sa redoutable ennemie l’Hérésie, l’Eglise ne recule devant aucun crime. Elle soulève les peuples, dresse des bûchers, établit la torture et l’inquisition. Les armées catholiques apportent avec elles le pillage, l’invasion, la ruine des propriétés, les ténèbres de la barbarie. Les villages sont détruits, les maisons incendiées. Femmes, vieillards, enfants à la mamelle, tout est massacré.

Les légats du pape poussent des cris de triomphe en voyant le sang grossir les ruisseaux.

Ce n’est pas encore assez pour l’Eglise romaine d’anéantir son ennemi redoutable, l’hérétique est sali, calomnié, couvert d’opprobres.

Pour les faire bannir de toute société humaine les fables les plus atroces furent inventées contre eux. Les Begards, les Lolhards, les Adamites, furent accusés de se livrer aux plus monstrueux accouplements.

Non seulement ils étaient incestueux et sodomistes mais encore ils assouvissaient sur des bêtes leurs abominables désirs.

Qui dit cela? Leurs juges, les moines, les tortionnaires. Tous ceux qui ont intérêt à les perdre. N’est-ce pas l’habitude des inquisiteurs d’inventer toutes sortes d’infamies contre ceux qu’ils veulent trouver coupables, donnant ainsi un air de justice aux traitements qu’ils leur font subir.

C’est par ces moyens qu’ils rendirent les Adamites si odieux au monde entier que Zesca, tout révolté qu’il fût contre Rome, s’étant emparé d’une île habitée par les Adamites, les passa tous au fil de l’épée croyant en les exterminant servir la morale et la religion.

On a cru longtemps que les Vaudois, confondus avec les Albigeois, sortaient de la Bulgarie; on les appelait «Bougres» et par la suite on donna ce nom de «Bougres» à ceux qui pratiquaient l’acte charnel avec les bêtes. Ce nom était considéré comme une grave insulte.

Sous des formes religieuses plus ou moins grossières, les Adamites adoraient le principe de fécondité dans l’univers. De là ce zèle de fureur et de haine avec lequel l’Eglise romaine les dévora.

Ils prêchaient la fécondité et, absurde contradiction, on les accuse de pratiquer la bestialité, négation de l’union féconde.

La doctrine des Adamites était la réhabilitation de la nature, ils se proclamaient libres. Alors on les accusa de chercher cette liberté dans l’aveugle satisfaction de leurs penchants et de leurs convoitises les plus déréglées. Persécutés, brûlés, massacrés, ils disparurent.

Il est impossible de trouver dans la doctrine d’aucune secte hérétique une indication permettant d’affirmer que la bestialité était chez les sectaires une habitude ou une tolérance.

En Moravie, des hérétiques qui s’y étaient réfugiés furent accusés d’avoir commerce avec les bêtes, ils furent soumis à la torture et brûlés. Etant traqués comme des bêtes fauves, les malheureux se réfugièrent dans les bois où ils vécurent avec les bêtes et comme elles, ce qui ne veut pas dire qu’ils s’accouplèrent avec elles. Ceux qui furent pris, périrent, les hommes furent brûlés, les femmes furent noyées. On appela cela marier le feu et l’eau.

Félibien raconte qu’à Paris, en 1372, on brûla quelques hérétiques de la secte qu’on nomme les Turlupins qui ajoutaient aux erreurs des Begards plusieurs infamies; une femme entre autres nommée Péronne d’Aubenton, native de Paris, ayant été condamnée comme coupable de cette hérésie par l’inquisiteur de la foi, fut brûlée vive dans le marché aux pourceaux hors de la porte Saint-Honoré, le 5 juillet 1372.

Félibien, en écrivant que les Begards commettaient des infamies, se sert du terme employé à son époque et jusqu’au milieu du XVIIIe siècle pour désigner les actes charnels commis par les bougres et les sodomistes; on ne peut donc sérieusement s’appuyer sur cette expression pour conclure que Péronne d’Aubenton se soit rendue coupable de bestialité. Etre hérétique était plus que suffisant pour mériter le feu et l’on sait qu’il est assez dans l’habitude d’attaquer les mœurs des ennemis que l’on veut perdre.

Voltaire accuse de bestialité les juifs qu’il déteste; l’Église en accuse les hérétiques.

Le cardinal Bermo, dans la vie de Hildebrand, dit que ce pape fut tout à fait adonné à l’idolâtrie, «qu’il sacrifiait aux démons dans les bois, faisant que les femmes dont il voulait abuser, couraient après lui, forcées par un art magique avec lequel il se transformait... les plus grandes abominations lui étant familières».

Abominations, Infamies, tels sont toujours les termes employés lorsque l’auteur n’ose écrire bougrerie ou sodomie.

Accusation terrible sous la plume d’un cardinal contre un pape.


Étude sur la bestialité au point de vue historique, médical et juridique

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